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Stéphane Capot,
conservateur des Archives municipales de Limoges.

Présentation d'archives conservées aux Archives municipales de Limoges.

- Le plan de la ville de Limoges en 1774, dit plan Legros, est un plan intéressant car il ne se limite pas strictement à la Ville et à la Cité : il représente non seulement toutes les voies, mais également tous les pâtés de maison ; chacun est mentionné par un nom ; l’île  Touzac est ainsi un îlot délimité par quatre rues, dont le propriétaire majeur est la famille Touzac de Saint Etienne. Nous ne savons pas s’il y a des cours intérieures, ni comment se délimitent les habitations ; pour connaître le parcellaire de l’îlot, il faudrait observer un autre type de plan, comme le plan Tresaguet, levé en 1768. Lorsque le propriétaire majeur est une communauté religieuse, les noms sont collectifs - l’îlot des révérends pères de l’Oratoire par exemple, majoritairement occupé par les oratoriens arrivés au milieu du 17 e siècle à Limoges.

En 1774, la ville que l’on appelait auparavant le Château est toujours organisée autour de l’abbaye Saint Martial, qui va être rasée une vingtaine d’années plus tard, et la place de la Motte, qui au départ était le château du vicomte de Limoges. De l’autre côté, beaucoup plus clairsemée (l’habitat est beaucoup moins dense), la Cité s’organise, elle, autour du palais épiscopal et de la cathédrale Saint Etienne, ici encore inachevée (elle ne sera achevée qu’après la guerre de 1870). La Cité a beaucoup de jardins, d’espaces verts ; elle abrite des communautés religieuses.

On est sur la rive droite de la Vienne, la rive gauche étant très peu construite , et la traversée de Limoges se limitant à deux ponts : l’un, d’origine antique, le pont Saint Martial (rasé par Henri Plantagenêt et reconstruit dans les années qui ont suivi, vers 1200) ; l’autre, le pont Saint Etienne, d’origine médiévale. Il a été construit par l’évêque pour drainer le flot des pèlerins de Saint Jacques, qui venaient de Saint Léonard de Noblat, un autre sanctuaire à environ vingt kilomètres en amont de Limoges. Ce plan permet aussi de voir à peu près quels territoires couvraient les paroisses - sans leur partie suburbaine, car parfois jusqu’à sept ou huit kilomètres de grandes enclaves agricoles leur étaient rattachées. C’est donc un plan intéressant pour comprendre la structure intégrale de la ville, et qui est à comparer au plan des Trésoriers de France de 1680.

C’est dans la ville – autrefois, le Château, que se concentrent non seulement les marchands et les commerçants, mais aussi la plupart des artisans. Ce grand noyau perd petit à petit ses murailles, et on peut lui adjoindre des faubourgs, notamment l’Entre deux villes, coincé entre le Château et la Cité, et relayé par le faubourg Manigne, connecté à la voie qui mène au pont Saint Martial. Ce sont ces faubourgs qui fournissent, avec le Château, la majeure partie de l’activité commerciale et artisanale.

La ville de Limoges compte 20 000 habitants en 1774, chiffre qui restera stable jusqu’à la Révolution ; il baissera légèrement pendant la décennie révolutionnaire, puis il montera constamment dans le courant du 19 e siècle. Il y aura 100 000 habitants à la fin du 19 e siècle, lorsque l’industrie va bouleverser la donne, comme partout en France, mais à une plus grande échelle.

- La perspective cavalière de Limoges par Duviert, dessinée en 1612, est prise depuis la rive gauche de la Vienne. Elle ouvre une large perspective, à la hauteur du pont Saint Etienne, sur la ville de Limoges, rive droite. Ce qui est remarquable ici, c’est que tous les abords de la ville sont cernés par des petits coteaux, tous représentés sous forme de vigne, même si devaient alterner à l’époque les cultures, les prés et les vignes. Les abords du pont sont défendus par deux corps de garde. On voit également très bien tout le quartier de l’ Abbessaille, compris dans le périmètre de l’abbaye de la Règle, et qui monte jusqu’à la Cité. C’était ce site que les pèlerins voyaient en premier quand ils abordaient la ville et qu’ils montaient jusqu’à la cathédrale.

On peut penser que Duviert nous montre Limoges telle qu’elle se présentait aux voyageurs venus de Lyon, de Clermont, ou de Saint Léonard de Noblat. Les édifices que nous voyons le mieux sont à la hauteur de la Cité : la nef de la cathédrale avec son clocher, détachée de la cathédrale puisqu’il manque des travées (la nef n’était pas encore terminée) ; d’autres clochers, celui de l’église Saint Michel, ou peut-être celui de l’abbaye Saint Martial. Le Château est représenté de manière plus écrasée ; on distingue surtout la densité de l’habitat.

Dans une autre vue, moins célèbre et moins intéressante, Duviert a essayé de représenter la ville depuis l’Ouest, comme si l’on arrivait d’Angoulême : c’est beaucoup plus confus. Ici, on voit le port du Naveix, où n’abordaient pas de bateaux -la Vienne n’était pas navigable, mais où de l’amont de la Vienne et de ses affluents arrivait du bois flotté tiré sur la rive, essentiellement destiné à la construction ou au chauffage.

- La première édition de cette carte du diocèse de Limoges a paru en 1594 ; on l’appelle communément le plan Fayen, car elle a été dressée par le médecin Jean Fayen : au centre, Limoges y est représentée tout en rouge. Dans le semis de petits villages qui apparaissent sur cette carte, le réseau fluvial sert de point de repère : on voit la Vienne partir des montagnes, arriver à Limoges, être grossie de son affluent principal le Taurion, puis continuer sa route vers l’aval et le diocèse de Poitiers. Elle incurve ensuite son cours vers le nord et va se jeter dans la Loire.

En marge de cette carte, un cartouche contient le plan partiel de la ville de Limoges – car il se limite à la partie « Château », ou ville. Ce plan coloré a connu de multiples éditions au cours du 17 e siècle, qui ne sont que des variantes de celui-ci. Le centre-ville affecte une forme de cercle parfait, et s’organise autour des trois grands édifices religieux du Château, la basilique Saint Martial, l’église Saint Michel des Lions et l’église Saint-Pierre-du-Queyroix , derrière la basilique. Ces deux églises sont les deux principales églises paroissiales de Limoges. On y voit également la place de la Motte, avec ses deux étangs qui avaient été creusés au 13 e siècle pour servir de réserve en cas d’incendie.

La représentation des îlots est assez sommaire ; on voit juste des façades en bordure, l’intérieur étant figuré par une sorte d’à-plat vert - on ne sait pas si cela figure des cours, des jardins : c’est une représentation conventionnelle.

La figuration de l’enceinte est également intéressante : on voit bien comment elle s’organise, avec ses tours crénelées, carrées le plus souvent, et ses entrées de ville, dont quatre portes sont encore en service, quatre des huit portes anciennes ayant été murées à la fin du 14 e siècle.

A la fin du 16 ème siècle, l’habitat est essentiellement fait de maisons à pans de bois, que l’on appelle colombages dans d’autres régions. Mais même si la ville est moins riche que d’autres ( - il y n’a pas d’hôtels particuliers, contrairement à Toulouse ou Bordeaux, par exemple), il existe aussi une Limoges de pierre, le quartier du Verdurier , avec de nombreuses belles demeures comme on peut en voir aujourd’hui dans le centre de Brive la Gaillarde par exemple ; ce quartier était situé au centre de la ville, il a été remplacé par la rue Jean Jaurès, construite entre 1900 et 1920.

- Sur ce plan de 1680 (dit plan Jouvin de Rochefort ou des Trésoriers de France ), les bâtiments publics sont représentés en vue cavalière. C’est le premier plan complet de la ville, et il présente un côté linéaire appuyé, presque byzantin : son contour enferme les deux espaces urbains dans une enveloppe nettement soulignée ; le plan n’est pas orienté au nord, mais à l’est. La disposition bipolaire est héritée de l’époque médiévale : la ville de l’évêque d’une part ; la ville de l’abbé Saint Martial et du vicomte de Limoges, avec les consuls les plus puissants, essentiellement marchande et artisanale, de l’autre. Les faubourgs dans lesquels vivent une partie des artisans se situent entre la Cité et la Ville. C’est le faubourg Boucherie ou l’Entre-deux-villes, prolongé au sud par le faubourg Manigne, avec l’ancien couvent des Jacobins, qui abrite aujourd’hui les archives municipales.

Autour, une marquetterie de potagers, de vignes, de « vimières » où pousse l’osier, utilisé en vannerie. Les espaces sont délimités par les chemins ruraux, et une demi-lune dénote l’emplacement d’un ancien théâtre antique, qu’on y découvrira plus tard : la voirie garde parfois le contour de d’éléments disparus.

Cet espace suburbain est parsemé de nouveaux établissements religieux, après la vague des ordres mendiants au 13 e siècle, les Jacobins, les Dominicains, les Cordeliers ou Franciscains, les Augustins et les Carmes : on voit ici des ordres comme les Carmélites ou les Oratoriens, qui se sont installés à Limoges à partir de 1600 - alors que le Concile de Trente n’est pas encore reçu dans le royaume - jusque dans les années 1680-1690, c'est-à-dire au milieu du règne de Louis XIV. Ces établissements, par leur localisation, contribuent à dynamiser les faubourgs dans lesquels ils s’installent : ils abritent des confréries, et développent des activités paroissiales et économiques.

Ce sont aussi des commanditaires : on le sait pour les productions peintes, et on peut imaginer qu’au 17 e siècle, ils ont pu être commanditaires d’objets émaillés prestigieux.

Le registre de la confrérie du saint Sacrement de la paroisse Saint-Pierre-du-Queyroix de Limoges se présente sous la forme de quelques quatre cents feuillets de vélin. Il couvre une période qui va de 1551 à 1691. Outre la présentation des statuts, et la reddition des comptes de recettes et de dépenses, faite chaque année par les responsables, il renferme des enluminures d’objets acquis ou restaurés par cette confrérie. Certaines de ces peintures ont été confiées à des artistes prestigieux comme les émailleurs Pierre Reymond ou Martial Courteys, essentiellement de 1567 à la fin du 16 e siècle : Pierre Reymond a réalisé plusieurs dessins dans ce registre, dont un calice d’argent et une navette par exemple, dans les années 1580, mais aussi un bourdon daté de 1575, et un devant d’autel de 1576. Plus tard, on trouve une série de représentations intéressantes, plutôt en grisaille : des encensoirs, des chandeliers, et une très belle croix qui date du début du 17 e siècle, et que le registre désigne comme déjà cassée en 1700.

Propos recueillis par Marie Gautheron, le 9 février 2006,

à Limoges.